Célébration du 250e anniversaire de la loge Albion

par le F:. G. Chiniara

 

Photos de l’évènement!

 

Bijoux AlbionC’est en grande pompe et dans la dignité que les francs-maçons de la ville de Québec et d’ailleurs ont célébré le 250ème anniversaire de la fondation de la loge Albion n°2, inscrivant cette journée en lettres indélébiles dans les annales de la Fraternité au Québec.

La journée, pourtant, s’annonçait morose. Des nuages menaçants et lugubres s’amoncelaient, et les premières gouttes de pluie martelaient déjà les rues de la vieille ville. Les arbres avaient commencé à revêtir leur manteau de pourpre et d’or, les fleurs ployaient déjà leur corolle sous le souffle du vent automnal. Il faisait froid. En ce samedi 5 octobre de l’année 2002, les dernières chaleurs de l’été l’avaient cédé à la moiteur froide des journées d’automne.

Cela n’avait cependant pas refroidi l’ardeur des frères. Ils étaient plus de cent quinze à répondre à l’appel d’Albion, et cela faisait bien longtemps, de mémoire de franc-maçon, que l’ont n’avait assisté à un tel rassemblement de ces hommes nobles et droits. Il y avait là des frères venus des quatre coins du monde, représentant leurs loges, illustres ou modestes: il y avait des représentants de la Grande Loge Unie d’Angleterre, de la Grande Loge Régulière de Belgique et de la Grande Loge Suisse Alpina. La loge St-Jean d’Acre, à Paris, avait délégué huit de ses membres, dont son VM, le GM adjoint provincial, et le TRF Jacques Marchot, dignes représentants de la Grande Loge Nationale Française. Il y avait également des frères de la Star Lodge n°78, en Floride, et des frères venus des autres provinces canadiennes, dont le frère George Lovett, Passé Grand Maître Adjoint de District de la Colombie Britannique.

Vers midi, le hall d’entrée et la salle des agapes du temple maçonnique, au quatrième étage de l’ancien édifice, s’étaient déjà remplis d’une foule enjouée et grouillante. Les saluts joviaux fusaient de partout et se mêlaient aux conversations qui emplissaient l’espace d’un tumulte confus. Les derniers arrivés échangeaient formules de politesse et poignées de main et signaient le registre des présences. Certains visitaient la loge, tentant de déchiffrer son antique charte, s’émerveillant à la vue du plafond constellé d’étoiles et observant un silence déférent devant la solennité des lieux; d’autres souriaient avec tendresse à la vue de cette loge qui les avait déjà accueillis. Et la porte d’entrée déversait inlassablement son flot de visiteurs qui grossissaient le nombre des présents et ajoutaient leurs voix au brouhaha. On renouait de vieilles amitiés, on en créait de nouvelles.

D’un accord tacite, l’heure se faisant proche, les frères pénétrèrent dans l’enceinte de la loge et prirent place sur les colonnes. Deux rangées de sièges avaient été ajoutées au nord et au midi. Les officiers de la loge Albion, dignes et revêtus de leurs sautoirs, s’installèrent sur leurs sièges. La porte fut fermée. Le tumulte s’apaisa. Les trois coups de maillet jetèrent sur l’assemblée leur voile de silence…

Le silence fut déchiré quelques instants plus tard par la voix légèrement rieuse du TVF Gilles Thibodeau, Vénérable Maître de la loge. Après la cérémonie d’ouverture, il souhaita la bienvenue à tous les présents, membres et visiteurs, en cette journée qui s’annonçait mémorable. Puis, le Maître des Cérémonies, le TVF Paul Arturi, annonça le PVF Emanuel U. Liechti, Grand Maître de la Grande Loge du Québec. La porte de la loge fut ouverte pour laisser entrer la suite du Grand Maître, suivie de ce dernier. Le frère Liechti fut reçu avec les honneurs qui lui étaient dus et, couronné par la voûte d’honneur érigée par les deux Diacres de la loge, il se dirigea vers l’Orient.Là, il reçut du Vénérable Maître le maillet de la loge afin de poursuivre les travaux. Après quelques mots de remerciement, il installa les officiers de la Grande Loge à leurs postes respectifs.

C’est alors que le Grand Maître des Cérémonies, le TVF René Laine, pris la tête d’une procession, formée des officiers de la Grande Loge et du Grand Maître, qui fit le tour de l’autel afin de procéder à la reconsécration de la loge Albion. À la demande du Grand Maître, le Grand Secrétaire, le TVF Paul H. Mailhot, témoigna de l’authenticité de la charte de la loge, qu’il avait dûment examinée. Après les prières et les paroles rituelles, du sel fut versé par le Grand Maître en signe d’amitié et de fidélité. Cette cérémonie émouvante demeurera certainement gravée longtemps dans le coeur et les esprits des frères présents.

Après la cérémonie de reconsécration, le Grand Maître Emanuel U. Liechti remit le maillet au Vénérable Maître de la loge, et se fit remettre, des mains du TVF Paul Arturi, le bijou commémorant le 250ème anniversaire d’Albion,que le Grand Maître arbora avec fierté. Après une nouvelle démonstration de charité par les frères présents, qui contribuèrent généreusement au Tronc de la Veuve, la loge fut close dans la paix et l’harmonie.

Peu avant quinze heures, les frères quittèrent le temple maçonnique. C’est sous les regards médusés et souvent admiratifs des passants qu’ils descendirent la rue des Jardins, revêtus de leurs tabliers, en direction de la Cathédrale anglicane de la Sainte-Trinité où devait se tenir le service divin. La journée, qui avait débuté sous la pluie et le froid, s’était métamorphosée, comme si la nature prenait part aux festivités. Le soleil avait dispersé les nues et éclaircit le ciel; ses rayons dardaient à travers les percées des nuages et réchauffaient la terre. Les ombres s’allongeaient déjà dans ce début d’après-midi. La pluie du matin avait recouvert la rue et les immeubles alentours d’une fine pellicule chatoyante. Une odeur de terre lavée par la pluie parvenait aux narines, odeur de pureté suivant l’orage.

Après s’être assemblés sur le parvis de la cathédrale, les frères y pénétrèrent et prirent place dans la nef. Puis, dignement, solennellement, précédée du Grand Maître des Cérémonies, la mine altière et grave, la délégation de la Grande Loge fit son entrée et prit place sur les premiers bancs. Le BVF Révérend J. Ralph Watson, Grand Chapelain, s’en détacha et monta dans la chaire pour réciter l’appel à la prière qui inaugurait le service divin.

L’assistance ayant entonné un cantique solennel, le TVF Robert Cunningham, Grand Maître Adjoint du District de Québec et Trois-Rivières, prit à son tour la chaire et prononça quelques mots de bienvenue. Puis il lut d’une voix ferme les premiers versets de la Genèse, déclamés en français. Ceux-ci furent suivis de la lecture du Psaume 145, pour lequel l’assemblée clamait les répons, et du passage anglais de l’Évangile selon Saint Mathieu où l’homme est comparé au sel et à la lumière du monde (5:13-16).

Plus tard, durant le service, le Révérend Walter Raymond, officiant à la Cathédrale de la Sainte-Trinité, prononça un bref discours sur les relations qui avaient existé, au fil des années, entre la Cathédrale et les francs-maçons de Québec. Il mentionna que celle-ci avait été le lieu privilégié de plusieurs célébrations maçonniques dans le passé, et que l’Art Royal y avait laissé des marques ostensibles. Il avait ainsi été informé que la voûte de l’abside évoquait étrangement l’Arche Royale, si importante pour les francs-maçons.

Deux autres textes furent lus au cours de la cérémonie. Le premier, The light of the world, fut lu par le Grand Chapelain lui-même, le second, L’ancien code d’honneur maçonnique, le fut par le Grand Chapelain Adjoint, le BVF Rev. Bernard Grimaux. Ce dernier texte, aussi vieux que la loge Albion elle-même, était si émouvant, si empreint de noblesse et de vertu, qu’il gonfla les coeurs de l’assistance. Il énumérait les commandements de la vertu, les principes de morale, qui rendaient les hommes honorables et vertueux.

Le service divin étant achevé, les frères se dispersèrent après maintes poignées de mains et embrassades, se promettant de se revoir le soir-même.

Le soir venu, vers dix-neuf heures, les frères prenaient place autour des tables rondes dressées dans une grande salle de l’Hôtel Plaza Universel à Sainte-Foy, qui avait été spécialement réservée pour l’occasion. Une grande table rectangulaire, disposée au fond de la salle, accueillait les dignitaires, dont le PVF Emanuel U. Liechti, Grand Maître des Maçons du Québec, le TVF Gilles Thibodeau, Vénérable Maître de la loge Albion, le TVF Robert Cunningham, DDGM et le TVF Jean-Luc Dutil, Passé Maître de la loge Albion et maître d’oeuvre de la soirée, accompagnés de leurs conjointes. Les frères de la loge Albion s’étaient éparpillés aux différentes tables, se mêlant aux visiteurs et à leurs compagnes.

Pendant que les frères présents et leurs conjointes se délectaient des différents plats servis, plusieurs santés furent proposées par le frère Dutilselon l’ordre protocolaire, soulignées chaleureusement par les convives. Ceux-ci burent donc à la santé de la Reine, de la Grande Loge du Québec, du bureau du Président des États-Unis et des quatre Grandes Loges européennes: celles d’Angleterre, de France, de Belgique et de Suisse. Puis les frères de la loge Albion levèrent bien haut leurs verres à la santé des frères visiteurs. Ces derniers se joignirent à eux pour boire à la santé des dames et conjointes. Enfin, le PVF Lorne Phillips, Passé Grand Maître de la GLQ, leva son verre une dernière fois à la santé de la loge Albion. Tous les frères visiteurs et leurs conjointes, d’un même souffle, unirent leur voix à la sienne.

Ces différentes santés furent entrecoupées de plusieurs discours. Le premier fut prononcé par le TVF Paul Arturi, Maître des Cérémonies de la loge Albion et, de l’avis de tous les frères de cette loge, son membre le plus érudit, versé dans son histoire et repu de son rituel. Il entama son discours en présentant la loge Albion comme la plus ancienne loge de la juridiction de la Grande Loge du Québec. Il tenta ensuite de préciser la mentalité propre de cette loge et de ses membres, ceux qu’il avait déjà entendu appelés, par d’autres, «les vieux anglais stricts». Il loua la fidélité inébranlable que vouait la loge à son antique rituel qu’elle avait conservé presque inaltéré depuis ses origines. Il parla de la solennité de ses cérémonies et du dévouement sans borne de ses membres. Le portrait qu’il en traça et l’éloquence de son discours émouvant lui valurent une ovation chaleureuse lorsqu’il eut terminé.

Ce fut au tour du TRF Jacques Marchot, digne représentant de la Grande Loge Nationale Française, de prononcer un discours sur les relations amicales entre les loges d’ici et de France. Il présenta au TVF Gilles Thibodeau, au nom de la GLNF, une plaque commémorative pour sceller les relations d’amitié avec Albion. Ce fut ensuite au tour du TVF Jean Huguet, PDGM de la Grande Loge Suisse Alpina, de prononcer un discours. Enfin, le PVF Emanuel U. Liechti, prit la parole en dernier pour faire l’apologie de la franc-maçonnerie et clôturer de façon glorieuse le cérémonial de cette journée mémorable.

Toutefois, la soirée ne s’achevait pas là. Et, bien longtemps après la fin du banquet, les frères et leurs conjointes dansaient encore aux rythmes enjoués de l’orchestre invité, avant de s’éclipser après un dernier adieu à la ronde. C’est ainsi que la nuit mit un terme à cette journée dont se souviendront longtemps les francs-maçons d’ici et d’ailleurs qui nous ont accordé l’insigne honneur d’être présents au cours de nos célébrations. Et les francs-maçons de Québec se rappelleront longtemps, bien après que les échos de la journée se seront tus, de la sollicitude de ces frères et de leurs conjointes qui ont témoigné envers nous d’une amitié digne de cet ordre illustre et ancien qui réunit les hommes sous les auspices de la fraternité.

Alors qu’au soir l’ombre descend,
Indiquant pour nous la pause,
Art mystique et rites ardents,
Dans tout coeur loyal reposent…

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